L’utopie du Lieu

Au cours des dernières décennies, la ville a été observées en urbanisme comme lieu de fragmentation et d’isolement social (Harvey 1989, Sennet 1990, Bauman 1998), dans lequel les individus et les groupes sont confrontés à la pression de forces déracinantes et sont écrasés par la complexité grandissante des systèmes urbains actuels. Systèmes insoutenables – comme proposés par les organisateurs de ces journées – « aux trois sens de non-durable écologiquement, injustifiable moralement, et inacceptable esthétiquement » (Berque et al. 2008, p. 7). Mais, si la ville est le lieu où s’accumulent, et sont donc plus visibles, les désastres du progrès, la ville est aussi un processus de développement dynamique : « un drame dans le temps » – dit Patrick Geddes (1905) – et Rem Koohlas, se référant à New York, parle de la ville comme d’une tragédie qui ne se vérifie pas (1994). C’est le lieu qui « révèle aussi bien la crise que la ressource, […] d’où repartir pour construire l’équilibre entre organisme et environnement » (Ferraro 1998, p. 53). A partir des dernières recherches de Giovanni Ferraro – chercheur pluridisciplinaire: de l’économie à “planning theory”, de l’analyse des politiques à la sociologie, de l’histoire de la ville et de l’urbanisme à l’histoire des idées -, l’objectif de la contribution est d’enquêter sur « le rapport de l’homme à des lieux et, par des lieux, à des espaces [qui] – comme le dit Heidegger – réside dans l’habitation » (1958a, p. 188). Nous le faisons en croisant deux parcours. L’un empirique, né de l’expérience de la recherche et d’enseignement Un mondo di cose in comune [Un monde de choses en commun] : une “bande” de la ville de Rome, une portion continue de territoire, divisée en vingt zones où, avec un groupe d’étudiants, nous avons enquêté sur l’existence d’une dimension publique, distincte de l’espace que chacun de nous occupe de manière privée. Comme l’écrit Hannah Arendt, « essentiellement qu’un monde d’objets se tient entre ceux qui l’ont en commun » (1963, p. 92). Le second parcours, en revanche, se fonde sur différentes manières d’observer la relation entre l’homme et l’espace, en s’interrogeant notamment sur la crise actuelle de l’action sociale et sur l’émergence d’un individualisme élevé entre les individus qui habitent les villes contemporaines. Les deux parcours insistent sur la nouvelle proposition d’un regard sur la ville que nous voulons inscrire dans l’héritage du naturalisme au sens large du terme comme décrit par Patrick Geddes « regard minutieux et patient, qui comprend et respecte la totalité comme interdépendance entre organismes et entre organismes et environnement » et est « capable de remonter, au delà de l’actualité des phénomènes, le fleuve du temps » (Ferraro 1998, pp. 43, 75).